Tarolina, 2009

Je suis à la recherche d’une maison à acheter depuis le mois de février, donc j’ai décidé d’un commun accord avec moi-même que ma jument Tarolina allait devoir changer de vie : je ne pourrai plus lui payer l’hôtel tous les mois (formule pré la journée, box la nuit), elle allait donc passer le reste de sa vie à faire du camping sauvage (pré intégral).
Je l’ai bien sûr prévenue avant, elle m’a donné son accord, et quand, le 1er mai de cette année, on l’a mise au pré avec sa copine Hermione, elles étaient toutes les 2 super contentes, elles ont galopés dans tous les sens et étaient bien excitées.

Mais voilà : au bout d’un mois et une semaine de cette nouvelle vie, je n’arrivai plus du tout à lui mettre le licol. Je pouvais l’approcher, la caresser, lui donner pommes et carottes, sans problème. Mais dès que j’avais le licol dans la main, je ne pouvais plus l’approcher à moins d’un mètre, elle s’éloignait tranquillement.
C’est quand même ennuyeux pour l’emmener chez le maréchal et pour la soigner de temps en temps.
D’autre part, elle empêchait Bérengère, la propriétaire d’Hermione, d’attraper sa jument ! Elle se mettait entre les 2 et poussait Hermione loin de Bérengère !! Une fois, Bérengère a essayé d’attraper sa jument avec l’aide d’une autre personne, pendant 1h30, elles n’ont pas réussi…

Ca n’a jamais été son comportement, elle a aujourd’hui 24 ans, j’en ai la charge depuis qu’elle a 5 ans, je la connais assez pour être surprise par ce changement. D’autant plus que l’année dernière, elle a passé pour la première fois de sa vie 2 mois au pré (en juillet et en août) : elle était très contente d’y aller, mais très contente de rentrer dans son box également. Je n’ai jamais eu de problème pour lui mettre le licol.

J’ai donc demandé à ma copine Michelle de communiquer avec elle. Voici ce dialogue :
(Michelle communique avec les animaux par télépathie, à distance).

 




« Tarolina est très frétillante quand j’arrive vers elle.
Michelle : Bonjour Taro, c’est Michelle, nous nous sommes déjà parlé à plusieurs reprises, veux-tu communiquer avec moi ?
Tarolina : Tu ne vois pas que je m’amuse ?
M : Si, mais je voulais juste te dire quelque chose de la part de Sylvie.
T : Ah, encore !
M : je peux ?
T : Vas-y.
M : Sylvie voudrait te dire qu’elle t’aime…
Taro lui coupe la parole : heureusement !
M :… très fort même si parfois, tu l’énerves…
Taro lui coupe la parole : évidemment
M : …Peux-tu me laisser terminer ?
Elle voudrait également te dire que si tu continues à empêcher Bérengère d’attraper Hermione, il faudra la mettre dans un autre endroit et tu ne la verras plus.
Quand Bérengère sort Hermione du pré, c’est pour la soigner ou se promener avec elle, pas pour te séparer d’elle, sinon tu en serais avertie.
De plus, Bérengère est sa propriétaire et elle a le droit d’être avec elle, seule, comme Sylvie peut vouloir le faire avec toi.
T : Mais nous n’appartenons à personne !
M : Tu as la chance d’avoir une propriétaire qui te demande ton avis, t’avertit de ce qui va se passer, alors n’exagère pas. Je t’écoute.
T : bon, je n’ai rien à dire pour l’instant.
M : Sylvie voudrait également savoir pourquoi elle ne peut pas te mettre le licol. C’est nécessaire, soit pour te soigner, soit pour les promenades, ou le pansage.
T : Je n’ai jamais aimé le licol, je pouvais l’accepter tant que j’étais au box, ça allait avec pour me sortir. Maintenant que je suis en liberté, je veux une liberté totale.
M : Je te comprends bien mais ce n’est pas possible, tu ne peux pas toujours rester au pré ; il y a des moments où il peut être utile, nécessaire de te sortir du pré, et pour cela, il faut le licol. Sinon tu vas te sauver et qu’adviendra-t-il ?
T : Je me moque de cela. Je suis un cheval libre.
M : Je te demande de comprendre et d’accepter cela, sinon ce sera ingérable pour Sylvie et elle sera triste.
Sylvie a bien compris que tu étais très bien dans ce pré, et tu y resteras, sauf si elle ne peut pas t’attraper en cas de besoin, alors il faudra que tu retournes au box, ce qui ne va pas te plaire.
Sylvie te demande de respecter ces deux règles. Elle a été très ferme là-dessus. Réfléchis, car si tu n’acceptes pas ces règles, ça en sera terminé de ta liberté.
T : OUAAAH ! C’est dur ce que tu me dis.
Alors ça veut dire que je ne peux pas faire tout ce que je veux, que je ne suis pas un cheval complètement libre, que je ne le serai jamais ?
M : N’exagères pas. Tu l’es à 90% (Note de Sylvie : elle l’est à 99,99% !!). C’est déjà beaucoup plus qu’avant. Alors réfléchis, sinon ce sera entre 0 et 10%.
T : Là tu m’as mis un coup au moral. Il faut que je m’en remette.
M : Je ne sais pas si tu exagères ou si tu es vraiment bouleversée, mais réfléchis tranquillement et donnes-moi une réponse au plus tôt. Qu’en penses-tu ? Dans combien de temps seras-tu prête ?
T : JAMAIS.
M : Mais après réflexion, quand tu auras fini d’être blessée, as-tu besoin d’aide pour cela ?
T : Je vais y réfléchir. Peut-être, après tout. C’est trop dur.
M : Pas tant que cela, c’est juste un échange pour avoir ta liberté, et puis, ce n’est pas si souvent ; et tu sais, dans la vie, on ne peut pas toujours faire ce que l’on veut. Il y a des règles pour chacun d’entre nous, tu n’es pas une exception.
Je reviens d’ici quelques jours pour avoir ta réponse.
A bientôt Taro. »

Le lendemain, dans la journée, Michelle soignait un 2 pattes (elle est thérapeute, et soigne les humains ainsi que les animaux), quand soudain elle entend la voix de Tarolina (Ca lui était déjà arrivé qu’un animal vienne lui « parler », mais rarement) :

« Pendant ma consultation, Taro vient me parler et me dire qu’elle arrive.
Je lui demande où elle va.
Elle me répond qu’elle vient me voir.
Je lui demande d’attendre que j’ai terminé et je vais la recontacter.

Michelle : Bonjour Taro, c’est Michelle, me voici.
Tarolina : Ah, je t’attendais.
M : Que veux-tu me dire ?
T : J’ai beaucoup réfléchi à notre conversation d’hier, c’est vrai que c’est très dure ce que tu m’as dis, mais c’est aussi très juste.
M : Je te remercie de t’en rendre compte, donc qu’as-tu décidée ?
T : A la fois je n’ai pas beaucoup le choix, et en même temps, en y réfléchissant, je me suis comportée en enfant capricieuse.
Mais ça m’a fait du bien aussi.
M : Donc qu’est-ce que je dis à Sylvie ?
T : Qu’elle peut compter sur moi, je serai plus docile, mais peut-être que parfois je l’énerverai encore un peu.
M : Merci Taro, je sais que cela va lui faire plaisir. Et toi, comment te sens-tu ?
T : Bien maintenant, je suis plus apaisée.
M : As-tu besoin d’une aide ?
T : Pas pour l’instant, mais si je dérape, oui.
M : Merci Taro, à bientôt. »


 

Après avoir eu connaissance de ces dialogues, je suis allée voir Taro. Elle avait 2 tiques accrochées à sa peau depuis plusieurs jours, une était tombée toute seule, mais il en restait une, et bien évidemment je ne pouvais pas lui enlever sans lui mettre le licol (j’avais quand même essayé, en vain). Les tiques peuvent provoquer une maladie grave chez les chevaux.

J’arrive dans le pré, avec le licol sur l’épaule. Quand elle m’a vu arriver, elle a eu un mouvement de recul, mais juste avec l’encolure, pas avec les pieds (c’est important, ce n’est pas du tout le même comportement). Je me suis approchée, elle n’a pas bougée, je lui ai donné quelques friandises, puis passé la longe autour de l’encolure, elle n’a pas bougée, je lui ai mis le licol doucement, elle n’a pas bougé une oreille… Même moi qui étais prévenue, j’ai quand même été vraiment bluffée !! Après, évidemment elle a eu droit a plein de bisous sur le nez, même si elle avait l’air contrariée !

Cette histoire remonte maintenant à un mois. Depuis, je suis allée la voir plusieurs fois, je lui ai mis le licol sans aucun problème (je l’ai encore fait ce matin), sans le faire systématiquement.
Et Bérengère a aussi pu attraper sa jument sans aucun problème, toute seule.

J’ai trouvé que c’était une belle histoire, voilà pourquoi je voulais vous la partager.
J’entends déjà certains dire « C’est du n’importe quoi, ce n’est pas possible, elle a fumé la moquette, ça peut s’expliquer autrement… ».
Pourquoi, alors, ce changement de comportement juste après cette communication ? Pourquoi pas avant ? Pourquoi pas beaucoup plus tard ?
Certaines « coïncidences » portent quand même à réfléchir.

Et si c’était vrai ?



Sylvie